Herbert von Karajan aurait 100 ans

    Le 5 avril 2008, Herbert von Karajan aurait eu 100 ans! Pour fêter dignement cet anniversaire, les hommages se succèdent: rééditions d’enregistrements devenus légendaires, coffrets, concerts auxquels participent ses collègues, ses interprètes fétiches, ses “élèves”, nombreux documentaires à la télévision, rediffusions de concerts, etc… Pour l’occasion Eliette von Karajan, sa troisième épouse, sort de sa retraite pour livrer sa vision très personnelle et très privée de ce grand homme qui a su être, selon ses dires, un père et un mari attentif malgré ses lourdes obligations de chef d’orchestre exceptionnel à la carrière que l’on connaît!

    Le titre “A ses côtés” résume parfaitement le propos tenu dans le livre. Eliette von Karajan ne raconte pas la vie d’Herbert von Karajan, mais la sienne par rapport à lui. Trait frappant, elle parle très peu des activités et de la vie de son mari avant leur rencontre. Ce récit est surtout une autobiographie qui explique comment une jeune provinciale, devenue un mannequin recherché, croise le chemin du plus grand chef d’orchestre, en tombe amoureuse et partage alors sa vie, ses voyages et, dans une certaine mesure, sa musique. Le texte n’est ni vraiment chronologique, ni vraiment thématique. Comme il se doit, les premiers chapitres sont consacrés à l’enfance et à la réussite professionnelle d’Eliette Mouret. Elle découpe ensuite son texte par moments forts de la vie d’Herbert von Karajan (philharmonie de Berlin, tournées…) mais un souvenir en entraînant un autre, l’ouvrage n’est pas vraiment construit.
    L’intention d’Eliette Von Karajan est de présenter un Karajan méconnu, un homme au sein de sa famille, mais également un chef d’orchestre qui donne beaucoup à son art. C’est ainsi qu’on assiste aux divers déménagements de la famille au gré des engagements, l’acclimatation parfois difficile de la jeune française aux différentes villes germaniques.
    Le livre d’Eliette von Karajan est un grand cri d‘amour à son mari: elle ne cesse de clamer sa passion pour l’homme et pas vraiment pour le chef d’orchestre qu’il était, et certains passages sont vraiment poignants et humains. Elle relate avec une précision très émouvante les dernières minutes de Herbert von Karajan (pp.175-183), comment elle a eu la chance de le voir mourir dans ses bras. Détails assez troublants: le lama, qu’ils possédaient, est mort brusquement dans la nuit du 16 au 17 juillet et un tilleul du jardin a perdu toutes ses feuilles tout d’un coup. Elle raconte ensuite comment elle a dû réapprendre à vivre sans lui et ce rêve qu’elle a fait peu de jours après dans lequel il lui dit de continuer à vivre parce qu’elle a encore des choses à faire.

    Le livre ne compte pas beaucoup d’anecdotes musicales et c’est bien dommage. Eliette von Karajan a assisté à bon nombre de concerts et de répétitions de son mari et malheureusement elle ne profite pas de son livre pour relater ce qu’elle a pu entendre au cours des séances musicales. Cela aurait été passionnant de savoir comment il reprenait les musiciens, comment il travaillait une œuvre, etc… En revanche elle détaille assez bien la complicité entre Herbert von Karajan et Henri-Georges Clouzot qui a donné, notamment, la 5ème symphonie de Beethoven. Ce passage est très intéressant (pp.163-171) parce qu’elle rentre un peu dans les détails de la captation et de la réalisation vidéographique: place des caméras, etc.

    La dernière partie est plus documentée : elle se compose d’une succession de petits paragraphes sur divers sujets, les chanteurs favoris (Agnès Baltsa, Placido Domingo, Leontine Price, etc…), d’autres chefs prestigieux (Otto Klemperer, Karl Böhm, Leonard Bernstein…). Karajan fut également un grand découvreur de talents et le nom d’Anne-Sophie Mutter est immédiatement lié au sien, tout comme celui de Evgueni Kissin.
    Parallèlement à ce livre, Eliette von Karajan a rassemblé dans un coffret de deux disques édités par Deutsche Grammophon, les enregistrements qu’elle préfère ou qui lui tiennent à coeur. Elle détaille les extraits (pp.223-232) et ses explications sont une bonne introduction et un complément utile à l’écoute de la musique.

    Connaître Herbert von Karajan à travers ce portrait est un peu difficile et pour une biographie plus complète, il faudra se tourner vers des textes de Ernst Häusserman, Pierre-Jean Remy. Il n’en reste pas moins que cet ouvrage, en dehors d’être un très bel hommage d’une épouse à son mari, offre un regard original et qui peut compléter les connaissances sur l’homme Karajan.

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